Syndicat Industriel des Travailleuses et des Travailleurs (S.I.T.T.)

Branche de la région de l'Outaouais-Ottawa

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Notre rôle dans le progrès humain

Qu’est-ce que l’industrie, et comment s’est-elle mise en place ?

L’industrie – comprise depuis le processus de conversion de matériaux bruts en objets d’utilisation quotidienne jusqu’à l’offre de services de nécessité courante – est au cœur de notre vie sociale et lui impose son organisation actuelle. Les capitalistes, qui possèdent et contrôlent les ressources naturelles ainsi que l’équipement et les installations pour transformer les matériaux et procurer les services, composent la classe la plus restreinte de notre société. Les travailleurs(euses), qui rassemblent les matériaux bruts, les transforment en biens de consommation, et fournissent les services dont la société a besoin, forment l’autre classe, la plus importante.

Les intérêts de ces deux classes sont opposés. Cette contradiction est à la base de la vie sociale du monde entier.

La classe des affaires, ou capitaliste, veut maintenir son contrôle à tout prix afin de conserver les prérogatives en résultant. Pour consolider son pouvoir, elle cherche à dominer la totalité des institutions sociales. Elle veut écrire, et administrer les lois. Elle pousse les écoles à enseigner le respect et l’obéissance envers la minorité privilégiée. Elle veut façonner nos pensées et nos sentiments à son avantage par le biais de la presse, de la télévision et de l’Internet. Et là où elle ne peut se débarrasser des organisations que les travailleurs(euses) ont mises en place, elle veut les contrôler aussi.

Deux faits essentiels menacent cependant le pouvoir des capitalistes :

1. Les développements modernes de l’industrie ont rendu leur activité obsolète.

2. La classe ouvrière est capable, quand elle le désire, de prendre le contrôle de l’industrie pour établir une société plus efficace et plus satisfaisante pour tous.

La fonction initiale des capitalistes était de procurer les fonds et la gestion nécessaires au bon fonctionnement de l’industrie. De nos jours, la gestion est l’affaire d’une direction formée à cette fin, et les profits réalisés fournissent amplement de réserves où puiser les fonds. Le système d’administration corporative instauré par les capitalistes les rend donc eux-mêmes inutiles.

La classe capitaliste a acquis sa position dominante suite à de longues luttes contre les rois et les propriétaires terriens féodaux. Ceux-ci faisaient la loi selon un système social agricole où la possession des terres constituait la base du pouvoir. Les gens du commun assurèrent le combat, et les capitalistes remportèrent la victoire sur le féodalisme grâce à de nouvelles inventions et procédures le rendant désuet. Les corps parlementaires créés afin de lever des fonds pour l’ordre féodal avaient également établi un mode de gouvernement plus efficace, si bien que rois et seigneurs devinrent aussi obsolètes que les capitalistes le sont aujourd’hui.

L’effet combiné des voyages et découvertes historiques, des progrès de la navigation et du nouveau système d’usines firent de la possession d’entrepôts, de bateaux et d’équipement un facteur plus important que la possession de terres. La structure de base de la société était passée de la ferme à la fabrique, et le contrôle de la société aux mains de ceux qui contrôlent l’industrie.

Le progrès révolutionnaire

Les conservateurs des temps féodaux mettaient en garde contre le capitalisme, arguant que son avancée serait la fin de la civilisation. Ils avaient tort : malgré toutes ses faiblesses, le capitalisme représentait un pas en avant. Ce qui de l’ordre ancien pouvait servir au nouveau fut conservé et développé ; ce qui en obstruait le progrès fut abandonné.

En régime capitaliste, invention et industrie bourgeonnèrent comme jamais auparavant : nos modes de vie et de production ont davantage changé durant les deux derniers siècles qu’au cours des deux millénaires précédents. La capacité de production de chaque travailleur(euse)est au moins cent fois supérieure à ce qu’elle était lorsque le capitalisme prit initialement le pas sur le féodalisme. Cependant, parce que nos standards de vie n’ont pas évolué au rythme de la technique, et ne peuvent le faire tant que les capitalistes tiennent les rênes l’industrie, les possibilités d’abondance et de loisirs sont ruinées par des pénuries, guerres et dépressions créées artificiellement.

Non seulement la croissance économique moderne a-t-elle rendu superflues les activités de la classe capitaliste, elle en a aussi réduit la taille. Le développement de grosses corporations entraîne soit la fermeture d’un grand nombre de petits commerces, soit leur absorption comme organes subsidiaires de conglomérats plus importants. Au sommet de cette pyramide économique, la minorité nantie et puissante. Elle forme une oligarchie qui exerce une autorité presque absolue sur le fonctionnement économique mondial ; elle poursuit ses intérêts propres aux dépens de la majorité de l’humanité, et souvent de la stabilité écologique de notre planète.

Face à une résistance organisée négligeable, l’avidité des capitalistes connaît peu de limites. Des statistiques récentes du U.S. Census Bureau montrent qu’aux Etats-Unis, un cinquième des habitants perçoit près de la moitié du revenu total généré chaque année. De 1989 à 1996, le revenu annuel du cinq pourcent le plus riche de la population y a augmenté de dix pourcent, tandis que celui de quatre-vingt pourcent de la population a diminué. Les riches s’enrichissent, les ouvriers(ères) stagnent ou déclinent économiquement.

Dans les sociétés non occidentales, la clique dirigeante représente souvent une part considérablement plus restreinte de la population. Les capitalistes de tous les pays coordonnent leurs activités pour générer le plus grand profit grâce au travail de tous les ouvriers. Une poignée d’individus contrôlent ainsi la vie économique globale, par le biais de cartels et de corporations multinationales. Selon le Rapport sur le développement humain des Nations Unies de 1999, les deux cents personnes les plus riches ont plus que doublé leur valeur nette entre 1994 et 1998, jusqu’à atteindre un billion de dollars américains. Cela représente plus que les revenus combinés de quarante et un pourcent de la population mondiale.

En 1999, les avoirs des trois plus grands multimillionnaires étaient supérieurs à la totalité des produits nationaux bruts des pays les moins développés – qui comptent six cents millions d’habitants. Presque 1,3 milliard de personnes vivaient sur moins d’un dollar américain par jour, et près d’un milliard ne pouvaient subvenir à leurs besoins de consommation quotidiens.

La poignée d’individus qui disposent des ressources du monde comptent beaucoup de laquais, mais peu d’amis. Eux seuls ont à perdre si le contrôle de l’industrie leur est repris ; la plupart d’entre nous a tout à y gagner.

Qui devrait avoir le contrôle ?

Depuis la montée du capitalisme, la classe ouvrière s’est développée de bien des façons. Elle a cru en nombre jusqu’à inclure presque tous, elle a acquis connaissances et habiletés. Le (la) travailleur(euse) contemporain(e) doit assimiler des choses qui auraient déconcerté les ingénieurs et scientifiques du siècle dernier. En lieu et place d’une classe de serfs illettrés, nous sommes une classe ouvrière sachant lire et écrire. Nous disposons d’une littérature considérable qui nous est propre et nous discutons quotidiennement des nouvelles internationales. Nous avons aussi accru le pouvoir de nos organisations.

Chaque action de la classe ouvrière pour l’unité et la solidarité s’effectue en violation du contrôle exclusif des propriétaires de l’industrie. Que le combat des travailleurs(euses) ait visé la réduction des heures de travail, l’augmentation des salaires, ou l’amélioration de la sécurité et de l’hygiène au travail, pour gagner nous avons eu à nous unir et à lutter.

En réponse, la classe capitaliste a combattu les organisations ouvrières en tant qu’ennemies mortelles, et selon la logique des événements c’est exactement ce que ces mouvements devraient représenter. Chaque pas en avant consolide notre position comme successeurs nécessaires de la classe capitaliste à la tête de l’industrie. Et puisqu’il n’y a pas de classe inférieure à la nôtre, notre triomphe sera l’avènement de la première société sans classes, et la fin des horreurs, cruautés, stupidités et injustices inhérentes à toute société de classes.

La grande question, pour aujourd’hui et pour demain, est donc la suivante : comment l’industrie sera-t-elle contrôlée ?

La question n’en est pas vraiment une de propriété : c’est le contrôle directorial qui compte, et il est devenu largement indépendant des investisseurs en tant que tels. Mais qui peut se prononcer quant aux périodes d’activité et de relâche de l’industrie ? Qui doit décider de la nature de la production et sa destination ? Des services offerts et à qui ? Voilà les questions importantes.

• L’industrie moderne devrait-elle être dirigée par quelques gestionnaires d’affaires ?
• Devrait-elle être contrôlée par les dirigeants politiques ?
• Ou devrait-elle être prise en charge par ceux qui effectuent le travail ?

Il faut choisir l’une des trois options sans attendre. Les gestionnaires corporatifs, par le biais de leurs banques, leur contrôle sur les postes de direction, et l’influence énorme sur le débat publique que leur assure la possession des médias, cherche à s’approprier le contrôle total de la vie économique mondiale : il ne paie pas de laisser la classe ouvrière produire autant qu’elle en est capable. Par conséquent, soit ceux en contrôle de l’industrie s’allient le soutien du gouvernement pour esquiver la démocratie, soit ceux en contrôle du gouvernement étendent leur régulation à l’industrie et ses travailleurs(euses) selon les principes d’une économie étatique.

De la nécessité d’une démocratie industrielle

Le I.W.W. refuse une économie sous contrôle de la gestion corporative et des institutions politiques. En lieu et place, nous voulons une démocratie industrielle – l’industrie régie par ses travailleurs(euses) au moyen d’un processus démocratique exempt de hiérarchie.

Le grand problème auquel l’humanité doit faire face n’est pas la question en vogue de la production et de la distribution. C’est le problème du pouvoir : il n’a jamais été et il ne sera jamais sûr de laisser quelques individus en charge des affaires de tous. Les dépressions, les guerres et tous les maux du monde moderne n’ont été rendus possibles que par la concentration du pouvoir : ils résultent de la volonté d’un petit nombre, pas de la volonté générale.

En régime capitaliste, chaque invention ayant augmenté notre pouvoir de production – ou de destruction – a accru le pouvoir des privilégiés et réduit celui de tous les autres. Chaque amélioration des communications a étendu l’empire de cette minorité. Et chaque fois que nous accordons plus de pouvoir à un individu pour contrer les effets néfastes résultant de la situation, nous aggravons d’autant le problème. Cela se vérifie que nous déléguions ce pouvoir aux gestionnaires actuels de l’industrie, leurs acolytes dans le gouvernement, ou leurs complices dans les syndicats d’affaires non démocratiques. De ce fait, le seul choix viable et logique est la démocratie industrielle – l’industrie dirigée par ceux et celles qui travaillent, selon des procédures démocratiques et sur une base quotidienne, pour le bénéfice de tous.

La suite est entre nos mains

Nous pouvons contrôler l’industrie et résoudre ainsi le problème du pouvoir, car le pouvoir qui fait rouler ce monde vient de notre propre labeur. Notre classe n’a qu’à cesser de faire ce qu’on lui dit et commencer à faire ce qu’elle décide collectivement, dépouillant ainsi l’opposition de tout le pouvoir qu’elle n’a jamais eu, et acquérant pour elle-même celui dont elle aura besoin.

La gestion de l’industrie par des travailleurs(euses) organisé(e)s pour cette tâche n’est pas qu’un rêve, c’est la réalisation d’une tendance historique. C’est le but auquel tous les pas en avant de la classe ouvrière ont visé de loin, qu’ils aient été projetés dans cette intention ou non. Mais il ne peut être atteint sans une organisation et une planification délibérées. Si ce préalable n’est pas réalisé, la tendance contraire l’emporte : la réglementation de tout par des institutions commerciales de toutes sortes, des gouvernements de toutes les allégeances, ou encore leur alliance contre-nature – le fascisme.

La démocratie industrielle résout bien des problèmes. Elle peut raviver la démocratie qui dépérit lorsque pratiquée seulement aux jours d’élection, nous délivrer aussi du besoin et de la peur, de la dévastation et de la guerre. Alliée à des méthodes de production modernes elle permet aux gens ordinaires d’obtenir tous les biens matériels dont ils ont besoin, en y travaillant autant qu’ils le désirent.

La démocratie industrielle nous apporte sécurité et liberté, deux fins éminemment désirables et impossibles à atteindre l’une sans l’autre – car qui est mené par le besoin ne peut être libre, et une marionnette n’est jamais en sûreté. D’une société organisée, elle peut faire un tout harmonieux, travaillant intelligemment au bien de tous : c’est seulement si l’humanité est à même de décider ce qui sera produit et à quelles fins qu’elle peut savoir ce qu’elle fait.

La démocratie industrielle ne peut être construite que par une classe ouvrière organisée, consciente de ce qu’elle veut et des moyens pour y parvenir. L’attribution de pouvoir décisionnel à des « amis des travailleurs(euses) » dans les partis politiques ou à des cliques dirigeantes au sein de ses propres rangs est à éviter.

L’organisation de la classe ouvrière doit servir deux objectifs :

1. Elle doit fournir la structure la plus efficace possible pour poursuivre notre lutte quotidienne pour de meilleures conditions et un meilleur salaire.

2. Elle doit fournir une solution globale et flexible aux problèmes reliés à la production et la distribution de biens, et ce de manière équitable et écologiquement viable, en favorisant la gestion efficace de l’industrie moderne par l’organisation ouvrière.

Heureusement, mais non par coïncidence, le même type d’organisation sert au mieux les deux intérêts. En organisant nos modes de travail de manière à avoir les mêmes relations dans nos syndicats et dans le processus de production, nous nous assurons l’avantage stratégique dans notre lutte de tous les jours et la coordination nécessaire au contrôle de la production industrielle.

Comment s’organiser est donc la question qui se pose immédiatement, et qui nous concerne ici. En lui proposant une réponse, le I.W.W. fait un pas vers l’avenir que nous voulons – car de notre mode d’organisation d’aujourd’hui dépend ce que demain sera.