Syndicat Industriel des Travailleuses et des Travailleurs (S.I.T.T.)

Branche de la région de l'Outaouais-Ottawa

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L’organisation de l’industrie

Qui fait quoi ?

Les composantes de l’industrie sont toutes reliées entre elles, au point où il serait justifié de poser qu’il n’y a qu’une seule industrie – la production de biens et services. Considère, par exemple, ton manteau, et les processus entrant dans sa production. Elle a requis non seulement le travail et les matériaux utilisés directement dans sa confection, mais aussi les installations et l’outillage où et au moyen duquel il a été assemblé. Elle a nécessité la production de matériaux et de teintures ; elle a nécessité le transport et la planification des déplacements de ces matériaux, ainsi que de la machinerie et des installations utilisées dans leur production.

Les travailleurs(euses) impliqué(e)s dans tous ces processus n’auraient pu se spécialiser dans la confection de tissu et de teintures, la construction d’usines et de machinerie textile, le maniement de ces équipements, le transport de biens, etc., si d’autres travailleurs(euses) ne s’étaient spécialisé(e)s dans la construction de leurs maisons, l’approvisionnement de leur nourriture, et l’offre des autres services dont ils ont besoin. En fait, il est difficile de penser à quelque tâche que ce soit effectuée par les travailleurs(euses), n’importe où, qui n’ait une connexion ou une autre avec la production d’un simple manteau.

Car le travail n’est pas un chaos aléatoire. Il est subdivisé et organisé, à la manière de notre propre corps. Il comprend, premièrement, six grandes divisions :

1. Les matériaux bruts à être cultivés ou élevés ;
2. Les matériaux bruts des mines, des carrières et autres ;
3. La construction de routes et de bâtiments, bateaux, docks, canaux, etc. ;
4. La manufacture des matériaux en nourriture, vêtements, outils, machinerie, etc. ;
5. Le transport et les communications ;
6. Les différents services offerts par les écoles, les hôpitaux, les théâtres, les magasins et les services publics.

Ces divisions majeures délimitent les six départements dans lesquels les syndicats industriels sont groupés à la fin de ce pamphlet. Les avantages de l’établissement de ces départements en matière d’organisation syndicale seront discutés plus tard.

À chacun de ces départements correspondent des industries et les syndicats qui leur sont affiliés. Les liens soudant les efforts de production ensemble rendent impossible la délimitation définitive des territoires que se disputent les industries. Chacune d’elles, après tout, est un agrégat social de travailleurs(euses), d’équipements et de procédés, jamais complètement séparé des autres travailleurs(euses) étant donné leurs relations internes. En conséquence, les lignes de démarcation des syndicats industriels ne devraient pas être appréhendées comme des moyens d’isoler les travailleurs(euses), mais comme un moyen de les rapprocher.

La classification industrielle

Le I.W.W. vise à organiser la classe ouvrière en structures correspondant à la réalité de l’industrie. Pour soutenir ce syndicalisme rationnel, nous utilisons une méthode de classification décimale, qui laisse une grande marge de manœuvre en cas de changements ou additions rendues nécessaires par le progrès industriel ou de nouvelles inventions. Ce système ressemble à celui utilisé pour numéroter les livres dans les bibliothèques, où chaque nouveau livre traitant d’un sujet donné se voit attribué une place cohérente parmi tous les autres ouvrages passés ou à venir sur le même sujet. De la même manière, il existe un groupement logique pour chaque travailleur(euse)du Syndicat pour tous(tes).

La coordination fournie par le Syndicat pour tous(tes) rend possible un plan d’organisation d’ensemble, unissant les travailleurs(euses) dans toute action commune nécessitée par des occasions changeantes. L’entremêlement étroit des relations industrielles permet cela. Par exemple, l’industrie de l’acier demande des mineur(e)s pour l’extraction du fer, des travailleurs(euses) dans les carrières de chaux, dans les mines de charbon, dans les fours à coke et dans l’industrie pétrolière, des travailleurs(euses) du chemin de fer, de la route, et du transport maritime, ainsi que des ouvriers(ères) dans les fourneaux et les laminoirs. Souvent, les travailleurs(euses) qui procurent les matériaux sont employé(e)s par les aciéries. Mais, dans le cadre des relations syndicales, il est plus opportun que ces mineur(e)s du charbon soient organisé(e)s avec d’autres mineur(e)s, ces travailleurs(euses) des transports avec leurs semblables.

Pour une solidarité de classe effective, il est essentiel que les travailleurs(euses) soient à même de planifier en lien soit avec leurs camarades dans leurs propres industries, soit avec les collègues à qui ils fournissent des matériaux. Seul le type de syndicalisme industriel à la base du Syndicat pour tous(tes) permet semblable flexibilité. Les lignes délimitant les secteurs industriels n’y sont pas des barrières, mais des articulations universelles.

La liste en annexe regroupe les syndicats industriels utilisés actuellement par le I.W.W. Dans tous les cas les travailleurs(euses) effectuant le même travail sont membres de la même association. Par travailleurs(euses), on entend tous(tes) les salarié(e)s à l’exception de ceux ayant la capacité d’engager ou de renvoyer, chaque syndicat décidant pour lui-même qui est éligible et qui ne l’est pas.

L’organisation des employeurs

Les travailleurs(euses) ne peuvent imiter aveuglément les modes d’association des employeurs, mais leur étude est instructive. Les employeurs s’organisent surtout en sociétés, multinationales et autres, sur une base industrielle pour s’assurer une action directe sur le travail, le mener de manière à en retirer le plus grand bénéfice – c’est-à-dire nous mener de manière à en retirer autant que possible. Ils vont jusqu’à monter des départements spéciaux pour nous diriger ainsi.

Les travailleurs(euses) ont peu ou pas de raison d’entrer en compétition ou de se quereller, et pourtant nous nous trouvons souvent en opposition. Les employeurs, de leur côté, ont toutes les raisons de se faire compétition, et pourtant ils arrivent à coopérer. La clef de leur entente réside dans leur organisation de corps spéciaux servant des objectifs précis et strictement délimités. Par exemple, ils ne laissent pas leurs différents politiques empiéter sur leurs ententes de commerce. Ils ont ainsi bâti de multiples organisations financières complexes, incluant des compagnies mondiales. Par le biais de ces associations, les capitalistes de nationalités supposément hostiles travaillent ensemble. Nombre de leurs entreprises les plus critiques dépendent d’une compréhension mutuelle non écrite de leur intérêt collectif. Ils rendent les choses difficiles pour les employeurs ne jouant pas selon leurs règles, de manière à s’assurer le contrôle du monde même s’ils en ont fait un désastre à répétition.

Plusieurs métiers, un syndicat

Chaque travailleur(euse) salarié(e) trouve sa place dans la grille du Syndicat pour tous(tes), si bien que tous et toutes peuvent mettre efficacement leur solidarité en action. Quelques points supplémentaires devraient être notés à propos de ladite structure. Certains syndicats industriels peuvent sembler d’une ampleur trop grande pour être commode ; les laminoirs, la machinerie textile ou l’horlogerie paraissent excéder ce qu’une association devrait embrasser. Pourtant, le système de classification utilisé permet autant de divisions internes du syndicat que nécessaire à la formation de sections imposées par les circonstances. De plus, tous(tes) les travailleurs(euses) d’une même entreprise forment leur propre branche d’établissement ou de magasin, au sein de laquelle sont traitées les affaires reliées à cet emploi particulier.

Étant donné que certaines fonctions impliquent une gamme considérable d’activités subordonnées, l’application de la règle qui veut que quiconque exerçant la même tâche appartienne à la même association oblige des travailleurs(euses) à être membres de plus de syndicats que leur occupation ne laisserait croire. Ainsi, dans un hôpital il y a, en plus des infirmiers(ères), médecins, techniciens(ennes), résident(e)s, etc., des blanchisseurs(euses), des cuisiniers(ères), des électriciens(ennes) et bien d’autres, tous(tes) partie de la même industrie, et donc tous(tes) membres du syndicat industriel des Travailleurs(euses) de la Santé (S.I. 610).

Sans le plan du Syndicat pour tous(tes), semblable organisation pourrait créer des handicaps. Les blanchisseurs(euses) des hôpitaux pourraient vouloir rencontrer d’autres blanchisseurs(euses) pour établir des conditions standard dans toutes les buanderies. Leur appartenance commune au Syndicat pour tous(tes) leur donne l’opportunité de le faire, et d’élire des comités responsables de l’application de leurs décisions. De même les conducteurs(trices), s’ils ou elles travaillent pour un magasin ou une usine, appartiennent aux mêmes branches d’entreprise et syndicat industriel que les autres employé(e)s. Et pourtant, ils peuvent vouloir s’entendre avec d’autres conducteurs(trices) sur des politiques communes en regard du chargement, de l’utilisation d’assistant(e)s, et autres. Le Syndicat pour tous(tes) leur permet cela aussi. Dans chaque situation de salariat, les apprenti(e)s, les stagiaires et les travailleurs(euses) spécialisé(e)s ou non ont tous d’avantage en commun qu’avec l’employeur. Le Syndicat pour tous(tes) les soude les un(e)s aux autres pour opposer au patronat une force de travail combinée.

D’autres avantages pratiques

La structure syndicale industrielle est conçue pour unir les travailleurs(euses) de la manière la plus commode pour nous. Avec qui pouvons-nous négocier collectivement le plus efficacement ? Avec qui est-il le plus vraisemblable que nous allions en grève ? Pareilles questions pratiques décident de l’appartenance à tel ou tel syndicat industriel d’un groupe de travailleurs(euses). L’équipe de cuisine sur une tour de forage pétrolier, le département du mess sur un bateau et le personnel d’une cantine d’usine font tous le même type de travail que les employé(e)s d’un restaurant, mais ils se font mieux entendre si organisé(e)s, respectivement, avec les autres travailleurs(euses) du pétrole, de la mer ou d’usine.

Ces règles dictées par le bon sens doivent être appliquées à la question de la distribution. Là où les travailleurs(euses) ne distribuent que les produits d’une compagnie – comme c’est le cas de nombreuses stations d’essence –, il sera plus efficace de s’organiser avec les travailleurs(euses) les approvisionnant. Les travailleurs(euses) des plateformes de forage et des raffineries seront ainsi dans une meilleure position de négociation s’ils et elles peuvent interrompre la distribution de leurs produits. De la même manière, la position des employé(e)s de station d’essence est plus solide lorsque appuyée par les autres travailleurs(euses) de la même compagnie. Les équipes de navires-citernes, en revanche, trouveront peut-être plus opportun de s’organiser avec d’autres travailleurs(euses) maritimes, même si cela les empêche d’être dans le vif des grèves des travailleurs(euses) du pétrole.

Là où il n’y a pas de telles relations étroites avec la production, les travailleurs(euses) de distribution font mieux de s’organiser entre eux, qu’ils et elles soient employé(e)s dans des centres commerciaux, des magasins de vêtements ou autres. Dans ces cas, il devrait être clair qu’à moins que le syndicalisme industriel ne mène au Syndicat pour tous(tes), le mouvement du travail a les mains liées dans son offre des différents types de coordination nécessités par les circonstances. Le Syndicat pour tous(tes) est le ciment qui maintient les départements industriels ensemble ; sans lui ils tomberaient dans la désorganisation et la confusion.

Une classe, un syndicat

Les divisions entre les syndicats industriels ne devraient pas être considérées comme des murs séparant les travailleurs(euses) mais comme des moyens les liant de façon plus efficace. Dans le I.W.W., les membres appartiennent directement au I.W.W. ; ils et elles débattent et votent directement au sujet des affaires de leur propre syndicat, sans influer sur les affaires des autres syndicats industriels. Tous(tes) bénéficient aussi d’un droit de transfert universel et gratuit d’un syndicat à un autre selon leurs changements d’emplois.

Notre niveau d’organisation le plus immédiat est la branche d’établissement régissant l’endroit où nous travaillons, et seul(e)s ceux et celles y travaillant ont voix ou droit de vote sur les affaires en dépendant directement. Chaque partie est responsable d’elle-même, mais les syndicats industriels ne peuvent adopter des règles en conflit avec la constitution générale, et les branches ne peuvent aller à l’encontre de celles-ci ou des lois dérivées de leur syndicat. Le I.W.W. n’est pas une fédération ou un congrès de syndicats industriels ; il s’agit d’un Syndicat pour tous(tes) les membres de la classe ouvrière. Les relations internes de l’industrie moderne rendent tout autre structure inadéquate à répondre aux besoins de cette classe.

La structure du Syndicat pour tous(tes) évite également les chicanes de juridiction quant aux travailleurs(euses) dont la classification est rendue ambiguë par les complexités des processus de production moderne. Par exemple, il est désirable que tous(tes) les tenant(e)s de l’industrie minière fassent partie d’un même syndicat ; mais on se rend compte que le magnésium, notamment, est obtenu par procédé chimique à partir de l’eau de mer (en premier le lait de magnésie, puis le magnésium), et que l’aluminium résulte de l’électrolyse d’argile de bauxite. Dans une fédération de syndicats industriels, il y aurait là occasion de mésentente quant à l’appartenance syndicale des travailleurs(euses) du magnésium et de l’aluminium. Dans un Syndicat pour tous(tes), cela est de peu de conséquence et les membres concerné(e)s peuvent s’organiser de la manière qui leur paraît la plus appropriée. Ou encore, si une entreprise produisant une gamme d’équipements électriques confectionne des radios en parallèle, les employé(e)s seront tous(tes) travailleurs(euses) métallurgiques et de machinerie. Dans une autre entreprise, spécialisée en travaux d’ébénisterie divers et mettant aussi des radios sur le marché, les employé(e)s seront tous des travailleurs(euses) du meuble.

Les départements industriels

Les syndicats d’industries proches constituent des départements industriels. Les avantages de ce type d’organisation sont particulièrement visibles dans le cas des transports. Les compagnies de chemins de fer, d’autocars et de camions et les lignes aériennes fournissent toutes des méthodes de déplacement. Si les travailleurs(euses) de ces diverses industries sont organisé(e)s pour agir de concert quand l’occasion s’en présente, ils et elles auront l’avantage dans la lutte. Leur pouvoir unifié est si grand que l’avenir du monde est entre leurs mains – ou presque.

Pensons seulement à la charge de souffrance qu’aurait évitée l’humanité si les travailleurs(euses) des transports, organisé(e)s, avaient refusé d’assumer la charge de biens en direction de nations en guerre, ou de n’importe quelle nation dont les travailleurs(euses) des transports ne se seraient pas conformé(e)s à cette politique. Pour éviter les pertes, le reste de la force de travail organisée n’aurait eu qu’à évaluer la somme dérisoire à verser par chacun pour compenser les travailleurs(euses) des transports de tout salaire non perçu en conséquence de cette action. De cette manière, un grand bien aurait été accompli pour tous(tes), et au détriment d’aucun(e). Des arrangements similaires peuvent rendre l’emploi de briseurs de grève (scabs) désuet, en empêchant le transport de biens produits dans ces conditions. Ainsi si nous, les travailleurs(euses), nous soutenons mutuellement, nous ne pouvons être battu(e)s.

Ce qui est proposé ici, c’est une organisation de la classe ouvrière de manière à ce qu’elle présente une solidarité effective. Chaque membre de syndicat ayant voulu en faire la promotion auprès de ses collègues connaît trop la complainte : « Un syndicat c’est bien, mais le problème c’est que les membres ne sont pas solidaires ». Nous n’acceptons pas cette sentence.

Nous la refusons parce que nous avons maintes fois été témoins des efforts solidaires des travailleurs(euses), et avons vu ces efforts brisés par une organisation déficiente. Les choses font ce pour quoi elles ont été conçues : les mêmes éléments entrent dans la fabrication d’une machine à écrire ou d’une machine à coudre, mais réagissent différemment parce qu’assemblés différemment. Les travailleurs(euses), de leur côté, peuvent former une fédération relâchée d’organisations servant des intérêts particuliers, ou ils et elles peuvent être du Syndicat pour tous(tes). Si un syndicat est constitué pour nous garder séparé(e)s, il n’y a pas à s’étonner de ce que « les membres ne sont pas solidaires ». Mais si nous sommes organisé(e)s pour nous soutenir, nous le ferons et serons fort(e)s du fait que nous le pouvons.

Le syndicalisme industriel rationnel, conçu par le I.W.W. pour s’adapter aux conditions de l’industrie moderne, met l’emphase sur cinq règles de base :

1. Tous(tes) les travailleurs(euses) d’une même entreprise, sans distinction de fonctions, appartiennent à la même organisation de travail ;

2. Tous(tes) les travailleurs(euses) d’une même industrie appartiennent au même syndicat industriel ;

3. Tous(tes) les membres de ces syndicats industriels sont directement membres du Syndicat pour tous(tes) ;

4. Tout(e) travailleur(euse) changeant d’emploi a droit à un transfert gratuit vers le syndicat industriel concernant sa nouvelle situation – « membre un jour, membre toujours » ;

5. Aucune part du mouvement ouvrier ne devrait accepter de travailler des matériaux fournis par des briseurs de grève ou de leur en fournir, de faire le travail de grévistes, de franchir un piquet de grève, ou d’aider en quelque manière que ce soit à empêcher la grève d’un groupe de travailleurs(euses) quel qu’il soit.

Voilà la forme d’organisation proposée par le I.W.W. pour rendre invincible la classe ouvrière. Es-tu avec nous ?